Alphonse Benoit est né et décédé à l’Isle sur la Sorgue. Avec son frère Casimir il a repris et développé l’entreprise que son père Michel avait créé avant sa mort prématurée. Ils vont faire prospérer l’affaire qui reviendra à Alphonse. 

Le 21 mars 1872 décédait à l’Isle sur la Sorgue Monsieur Alphonse Benoit. Il était propriétaire et commissionnaire. Par son testament, en date du 16 juin 1870, il léguait à la ville de l’Isle des biens meubles et immeubles estimés à environ 994 000 francs à la condition de fonder :
1. un collège dans sa maison de l’Isle (impasse de la rue Carnot)
2. un refuge pour les négociants, patrons, ouvriers tombés dans la misère, refuge à créer à la campagne de Crébesac (près de St Antoine)
Nous ne reproduirons pas intégralement les clauses du testament mais nous ne rappellerons seulement quelques clauses se rapportant à la création de l’école :
La maison sise à l’Isle, quartier de la porte d’Avignon et toutes ses dépendances seront appropriées pour un collège communal.
Le collège sera créé et établi de manière que les élèves et les professeurs soient convenablement installés. Il y aura le nombre de professeurs voulus pour pouvoir donner aux élèves une instruction et un enseignement égaux et semblables à ceux que l’on donne dans les lycées de l’Etat.
Une commission de cinq membres aura la haute surveillance soit du collège soit du refuge. Elle se composera de plein droit de 3 membres nommés à vie (le juge de Paix de l’Isle, le Maire, le notaire le plus ancien en exercice demeurant à l’Isle) et de 2 membres nommés pour trois ans par le Préfet.

L’ACCEPTATION DU LEGS
Le 14 novembre 1872, le Conseil Municipal accepte les dispositions testamentaires et le legs. Par décret ministériel du 29 juin 1874, l’acceptation de cette libéralité est autorisée.

LES DIFFICULTES DANS L’APPLICATION DES CLAUSES DU TESTAMENT
Des difficultés ne tardent pas à surgir au sujet de la nature de l’établissement à créer et de son lieu d’implantation. La ville craignant que les charges de l’entretien d’un collège ne soient trop onéreuses pour elle, penchait pour une École d’Apprentissage ou une École Primaire Supérieure. Après le décès d’Alphonse Benoit (le 28 mars 1872), six ans de tractations seront nécessaires entre les personnes physiques ou morales concernées (le légataire universel M. Biscarel, la Ville, la Préfecture, l’État) pour parvenir à un accord sur la nature de l’École. Finalement une transaction eut lieu le 10 janvier 1877 entre M. Biscarel et le Maire de l’Isle. Aux termes de cette transaction la ” ville de l’Isle aura rempli toutes les conditions du legs Benoit en ce qui concerne la fondation d’un lycée ou d’un collège par le seul fait de la fondation d’un établissement d’instruction publique se rapprochant le plus possible des intentions du testateur et organisé suivant la convention à intervenir entre le Ministre de l’Instruction Publique et le Maire de l’Isle “. La municipalité avait désormais toute liberté de créer l’établissement de son choix sans en référer à M. Biscarel. Elle se décida pour une École Primaire Supérieure avec sections professionnelles. Le 14 janvier 1877, la commission spéciale prévue par le testament abandonna à la Ville l’administration de l’École.

L’INTERVENTION DE L’ÉTAT
L’arrêté ministériel du 29 octobre 1878 et la convention du 14 décembre de la même année arrêtée entre M. Spuller, Préfet (représentant l’État et le Ministre de l’Instruction Publique) et M. Fourmon (Maire de l’Isle) mettent un point final aux discussions sur la nature de l’École. La Convention ne fait que reprendre et compléter l’arrêté.
Convention du 14 décembre 1878 (extraits) : En exécution de la transaction du 10 janvier 1877, il est convenu ce qui suit : 1. Il sera crée à l’Isle (Vaucluse) un établissement d’Enseignement Primaire Supérieur sur le terrain de cinq hectares environ, acquis le 7 août dernier par la ville de l’Isle. 2. L’établissement sera dénommé École Benoit du nom de l’auteur des libéralités qui auront permis de la créer. 3. Le Directeur, les professeurs et toutes les personnes attachées à l’Établissement, sauf l’aumônier seront des laïques. 4. L’enseignement à donner comportera deux années d’études normales, il sera complété par une troisième année d’études spécialement consacrées au commerce, à l’industrie et à l’agriculture. Une classe élémentaire préparatoire comptant une année d’enseignement pourra être annexée à l’établissement à créer aussitôt que la nécessité en aura été reconnue.
Remarque : à la convention était annexé un programme d’enseignement établi par M. Marguerin, Directeur de l’École Jean Baptiste Say à Paris, à la demande du Ministre de l’Instruction Publique.
LA CONSTRUCTION DE L’ÉCOLE BENOIT
La maison de Monsieur Benoit ayant été reconnue impropre pour un établissement scolaire, le Conseil Municipal dans sa séance du 20 avril 1877, avait décidé l’acquisition, pour 27 000 francs, d’un terrain au quartier des Capucins. Le Comité Départemental d’hygiène ayant déclaré ce terrain insalubre, le projet n’eut pas de suite. La commune acheta le 7 août 1878 à M. Jassot, pour 40 000 francs un terrain de 5 hectares environ au quartier de Ville Vieille. Les travaux exécutés d’après les plans de l’architecte Baudoy furent commencés en 1880. La pose de la première pierre eut lieu le 30 mai sous la présidence de M. Bourget, recteur de l’Académie d’Aix. Etaient présents : MM Deschamps, Inspecteur d’Académie, Ducros représentant M. le Préfet, l’Inspecteur Primaire, M. Fourmon, Maire et les membres du Conseil Municipal, M. Boudoy, architecte, et de nombreuses personnalités de la région. M. le Maire déposa ” dans la boîte en sapin du nord revêtue d’une couverture de plomb le Procès Verbal de la cérémonie, une pièce de chaque monnaie frappée à l’effigie de la République et portant les millésimes. Ensuite, il a été procédé à la soudure de la couverture de plomb et le tout a été déposé dans une cavité formée à cet effet dans la pierre d’angle du soubassement situé à gauche de l’avant-corps du bâtiment qui est parallèle au Cours de Ville Vieille. Après quoi la pierre a été scellée “. (Extrait du procès-verbal de la cérémonie.)
Les travaux furent terminés en 1883, la dépense s’éleva à 360 000 francs dont 340 000 francs provenaient du legs Benoit et 20 000 francs d’une subvention de l’Etat. Le matériel et l’outillage figuraient dans cette somme pour 63 000 francs.

L’INAUGURATION DE L’ÉCOLE

Elle eut lieu le 1er décembre 1883, mais l’Établissement ne fut ouvert aux élèves que le 21 mai 1884, son premier directeur fut Monsieur Cossevin.

Ses volontés seront parfaitement respectées  et la ville honorera définitivement sa mémoire par l’édification du monument qui orne la place Gambetta.

 

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